Les Voyages de Gulliver
Année de publication : 1726
Un chirurgien de marine échoue chez des nains, des géants, des savants fous et des chevaux philosophes. Ce qui ressemble à un conte pour enfants est en réalité la satire la plus féroce jamais écrite sur l'espèce humaine.
Tu aimes l'humour noir et les miroirs déformants qui révèlent des vérités désagréables, ou si tu veux redécouvrir un livre qu'on t'a vendu comme un conte et qui est en fait un missile contre l'humanité.
Tu cherches une aventure premier degré avec un héros attachant. Gulliver est un outil narratif, pas un personnage, et Swift ne cherche pas à te divertir — il cherche à te déranger.
De quoi ça parle ?
Lemuel Gulliver, chirurgien de marine, fait naufrage à Lilliput, pays de créatures de quinze centimètres qui se font la guerre pour savoir par quel bout casser un œuf. Puis il échoue à Brobdingnag chez des géants dont le roi, après avoir écouté Gulliver décrire l'Europe, conclut que les humains sont « la plus pernicieuse race de vermines ». À Laputa, une île volante, des intellectuels déconnectés du réel tentent d'extraire des rayons de soleil des concombres. Enfin, chez les Houyhnhnms, des chevaux gouvernés par la raison pure, Gulliver découvre les Yahoos — des créatures bestiales et répugnantes qui sont, à son horreur, des êtres humains. De retour en Angleterre, il ne supporte plus la compagnie de sa propre espèce.
Pourquoi le lire ?
Le miroir à quatre faces
Chaque voyage attaque un angle différent : la petitesse politique (Lilliput), l'orgueil physique et moral (Brobdingnag), la raison déconnectée du réel (Laputa), et la nature animale de l'homme (Houyhnhnms).
La satire déguisée en conte
Swift a piégé la postérité : son livre est lu comme une aventure pour enfants alors qu'il est l'un des textes les plus misanthropes de la littérature. Le génie est dans le camouflage.
La relativité de la civilisation
Gulliver est un géant chez les nains et un insecte chez les géants. Swift montre que la grandeur et la morale sont des questions de perspective — et que l'Europe n'a aucune raison de se croire supérieure.
Les idées qui restent
La guerre de l'œuf
Lilliputiens et Blefuscudiens s'entretuent pour savoir s'il faut casser un œuf par le gros ou le petit bout. Swift résume en une image absurde les guerres de religion entre catholiques et protestants.
Les Yahoos
Des créatures immondes, violentes, cupides — et biologiquement humaines. Le moment où Gulliver se reconnaît en eux est le coup de grâce de Swift contre l'orgueil de l'espèce.
Le verdict du roi de Brobdingnag
Après le récit enthousiaste de Gulliver sur la grandeur européenne, le géant déclare que les hommes sont « la plus pernicieuse race de petites vermines odieuses ». Le compliment le plus honnête jamais fait à l'humanité.